Étrange paradoxe que ce film qui montre tant de corps sans jamais lui-même prendre corps ! La chair n’y est pas triste, hélas – elle voudrait bien atteindre à cette dignité – elle y est juste chiante. Pour être plus exact, 134 minutes de viandes fadasses étalées sous nos yeux en un long bâillement. Œuvre ni émouvante, ni même sensuelle, le cœur comme la bite s’emmerdent. Si, à défaut de pornographie, puisque, parait-il, cela est inconvenant, du moins Love était un film pour adulte ! Avec un récit qui parlerait de la vie de couple d’aujourd’hui, du fantasme, ou de l’amour fou. Mais il aurait fallu peut-être pour cela moins de cris, moins d’afféteries dans la vulgarité, moins de grands sentiments, plus de silence, plus de simplicité, de nuances, de vérité. Je n’ai absolument rien contre le nu, un cinéma du corps et de la sexualité, au contraire, je pense que cela manque. De vraies œuvres simples sur les corps. Mais Gaspar Noé n’aime pas la simplicité. Il préfère invariablement le faux au vrai. Incapable de susciter la moindre émotion, il maquille son impuissance dans l’esthétique. Trop grossier pour atteindre à la délicatesse de l’exactitude, il semble croire que la grandiloquence des discours peut combler la vacuité du propos. Alternant scènes de culs et grandes déclarations amoureuses dans un langage ordurier, il espère que cela suffise pour que les paroles donnent de la passion à la sexualité et que la sexualité donne de sa brutalité aux discours. Mais à la fin, on se retrouve avec une composition bavarde qui glace jusqu’aux corps. Ses héros baisent et parlent avec  la même hystérie lassante. Et puis tout y est trop léché. Trop dit. Avec beaucoup de coquetteries inutiles dans la réalisation, dans le montage comme dans le travail des lumières. Car Gaspar Noé, c’est aussi le nouveau riche du Beau. Le malaise bling-bling plutôt qu’une réalisation maitrisée et puissante. Alors, bien sûr, l’Art se venge. Si bien qu’il en reste une œuvre qui n’est ni dans la jouissance pornographique, ni assez juste de ton, ni assez fine dans sa psychologie, pour donner une réelle vie intérieure à la chair. Une œuvre encombrée de faux drogués, de caricatures de vieux adolescents, au milieu d’un clair-obscur des plus chics, verroterie visuelle rappelant le meilleur des publicités pour parfums de grandes surfaces. Une œuvre, en somme, qui se distingue à mes yeux comme le bibelot grand public le plus prétentieux et le plus agaçant depuis Mommy.

Gabriel, « le vengeur masqué »

(Non je déconne pour le masque. Et pour la vengeance aussi. Mais ça faisait cool quand même.)

P.S : pour ceux qui auraient oublié « Mommy » (ce qui serait compréhensible, voire salutaire, voire une réaction normale et saine de l’esprit) : https://djpod.com/directorscut/director-s-cut-xxxxiv-mommy-gone-girl-annabelle-ninja-turtles-samba-white-bird