Ohlalaaaaaaaaaaaaaa si vous saviez combien j’étais heureuse quand j’ai appris qu’un film d’animation faisait un carton à Cannes, et combien j’étais heureuse quand j’ai réussi à être sur la liste des chroniqueurs qui allaient le voir, et comment j’étais super contente d’y aller avec mon mec qui est un mec génial de type latino-oriental sexy et distingué à mi chemin entre la bête sauvage et le crooner ! Certes j’avais du mal à cacher mes doutes profonds sur la qualité de la traduction du titre dont on ne peut pas nier qu’il laisse à désirer quand on sait que le titre anglais Inside Out évoque bien quelque chose d’intérieur qui passe à l’extérieur tandis que Vice Versa évoque plutôt

mais il n’en restait pas moins que c’était SAMEDI ET QU’IL FAISAIT BEAU ! IL FAISAIT BEAU ET J’ALLAIS VOIR LE CARTON DE L’ANNÉE, AVEC PLEIN DE COULEURS, DU JAUNE, DU VIOLET, DU BLEU, DU ROUGE !! (et mauves et bleues et jaunes et pourpres et paraboliques et vice et versa) mais croyez-le ou non arrivée devant le cinéma samedi à 15 heures j’y ai trouvé là, le cheveu tout défrisé et l’oeil mouillé, un type à l’air patibulaire qui s’est avéré être, déjà 1-mon petit ami, et 2- très désagréable avec moi parce qu’il n’y avait plus de places… plus de places un samedi… et alors tout s’est enchaîné… dimanche j’ai appris par le Gorafi qu’un citoyen avait été jeté en prison pour avoir osé dire du mal de Vice et Versa… lundi j’ai réessayé d’aller le voir… complet… J’AI COMMENCÉ À FLIPPER, j’ai, j’ai téléchargé l’appli UGC pour réserver à l’avance, je me suis inscrite sur trois comptes différents mais ça n’arrêtait pas de buguer, et j’étais à deux doigts de leur dire ma façon de penser à ces ENFOIRÉS DE CAPITALISTES DE MERDE quand soudain j’ai été acceptée à la séance de 22h30 ! moi ! j’ai été prise ! on m’a choisie ! on nous a choisis moi et mon bel Aladdin pour venir représenter l’amour du cinéma et la paix sociale à la séance de 22h30 de Vice et Versa ! Ohhhhhhhhh !
Le reste du film, ça n’a été qu’un enchaînement d’émotions, où l’hémorragie de nos désir s’est éclipsée sous l’azur bleu dérisoire du temps qui se passe, contre duquel on ne peut rien. Si Disney et Pixar ne sont pas allés jusqu’à poser telle est la question, être ou ne pas être, du sens de la vie, il s’en sont approchés avec brio. Nous zoomons donc dans la tête de la petite Riley, qui vit une enfance heureuse dans le Minnesota, jusqu’à ce que ses parents déménagent à San Francisco. Là, les cinq émotions qui sont derrière une console dans son cerveau, avec Joie à leur tête, se tiennent prêtes pour l’aider à appréhender les grands changements qu’elle va devoir vivre. Mais c’est sans compter sur l’ampleur du bouleversement qui se prépare, et les deux émotions principales, Joie et Tristesse, vont se retrouver maladroitement propulsées très très loin dans le cerveau, prêtes à traverser tout ce qui le constitue (la mémoire à long terme, le pays de l’imagination, la fabrique des rêves…) pour retourner derrière les manettes de la conscience. En attendant, ce sont Peur, Dégoût et Colère qui se retrouvent seuls aux commandes.
Si vous ne sortez pas de là avec l’impression d’avoir laissé échapper un gros sanglot qui soulage, en plus de ressentir amour inconditionnel pour les licornes, c’est que vous n’avez pas de coeur.
Si vous sortez de là avec un amour inconditionnel pour les doubleurs, c’est que vous n’avez pas de coeur, mais vous avez du goût.

Sorti le 17 juin 2015
Réalisé par : Pete Docter, Ronaldo Del Carmen
Avec Charlotte Le Bon, Pierre Niney, Mélanie Laurent
… et Amy Poehler, entre autres, dans la version originale